Nicolas Finance · 14 septembre 2026

LVMH, −36 % depuis janvier : Arnault sort du top 10, faut-il y entrer ?

Ce qu'un classement de fortunes mesure vraiment, et ce que le titre vaut aujourd'hui, sous son plancher de valorisation de 2022.


Bonjour,

Jeudi, Bloomberg a sorti Bernard Arnault de son top 10 des fortunes mondiales. Onzième, juste derrière Warren Buffett, avec 123 milliards d'euros, soit 56 milliards de moins qu'au 1er janvier. Et pour la première fois depuis la création de l'indice en 2012, les dix premières places sont toutes occupées par des Américains.

Depuis, je reçois deux types de messages. « C'est le déclin de la France. » Et : « LVMH à −36 %, c'est enfin le moment ? » Les deux passent à côté, pour la même raison : ils confondent un classement, qui mesure un cours de Bourse un soir donné, avec ce qu'une entreprise vaut.

La semaine dernière, on regardait Dell, +291 % en huit mois. Son fondateur est cinquième de ce classement. Cette semaine, le mouvement inverse, avec exactement les mêmes outils. Prends dix minutes, tu sauras ce que le marché a déjà retiré du prix, et ce qu'il te reste à trancher.

L'essentiel en 5 points

Bernard Arnault n'a rien vendu et n'a rien « perdu » : sa fortune, c'est la moitié de LVMH multipliée par un cours de clôture. Le titre a fait −36 %, la fortune a suivi.

Le top 10 100 % américain n'est pas une histoire de France, c'est une histoire de secteur : l'IA porte le S&P 500 à +11 % pendant que le luxe encaisse la Chine, le Moyen-Orient et les droits de douane.

Sur les comptes, LVMH tient : 38,6 milliards de chiffre d'affaires au premier semestre, 22,5 % de marge opérationnelle, 5,7 milliards de résultat net. Ce qui a disparu, c'est la croissance, pas le profit.

La baisse vient d'abord du multiple : 33 fois les bénéfices au sommet de 2024, environ 18 fois aujourd'hui, sous le plancher de 2022. Même mécanique que Dell, en sens inverse.

Depuis la France : éligible au PEA, en euros, 13 euros de dividende soit un peu plus de 3 %. Ça ne fait pas une thèse, ça fait une ligne à dimensionner. Et le test est daté : les ventes du troisième trimestre, mi-octobre.

1. Ce qui s'est passé, en chiffres

Le classement Bloomberg est recalculé chaque soir à la clôture des marchés. Celui du 10 septembre donne ceci, converti en euros.

RangNomOrigine de la fortuneFortune
1Elon MuskTesla, SpaceX791 Md€
2Larry PageGoogle246 Md€
3Jeff BezosAmazon236 Md€
4Sergey BrinGoogle229 Md€
5Michael DellDell211 Md€
6 à 9Mark Zuckerberg, Larry Ellison, Jensen Huang, Steve BallmerMeta, Oracle, Nvidia, Microsoftentre 124 et 211 Md€
10Warren BuffettBerkshire Hathaway124 Md€
11Bernard ArnaultLVMH123 Md€

Un milliard d'euros sépare Buffett d'Arnault. À l'échelle d'une fortune assise sur un cours de Bourse, c'est une séance. Un jour où LVMH prend 1 %, il repasse dixième. Retiens ça pour la suite : le classement est un instantané, pas une tendance.

Ce qui est une tendance, en revanche, c'est le titre.

Cours LVMH au 11 septembre415,30 €
Depuis le 1er janvier−35,6 %
Plus haut sur un an654,70 €
Plus bas sur un an, touché le 10 septembre405,25 €
Capitalisation205 Md€
CAC 40 depuis le 1er janvier+0,4 %
S&P 500 depuis le 1er janvier+11 %

LVMH a démarré l'année autour de 650 euros. Le 10 septembre, le titre touchait 405 euros, son plus bas depuis fin 2020. Le lendemain, il rebondissait de 2 %. Entre-temps, le 9 septembre, L'Oréal était passé devant LVMH pour devenir la première capitalisation de la Bourse de Paris, à moins d'un milliard d'écart. Une place que LVMH occupait depuis des années.

La perte de 56 milliards d'euros de Bernard Arnault est la plus forte des 500 fortunes suivies par Bloomberg cette année. C'est aussi, à peu de choses près, la moitié de la capitalisation perdue par LVMH depuis janvier. Ce n'est pas une coïncidence, c'est une multiplication.

2. Une fortune de papier n'est pas un compte en banque

Depuis le 19 février 2026, la famille Arnault détient 50,01 % du capital de LVMH et 65,94 % des droits de vote, après avoir racheté plus d'un million de titres en début d'année à des niveaux qu'elle jugeait « attractifs ». Le titre a perdu un tiers depuis. Même le premier actionnaire ne sait pas où est le point bas.

Au cours actuel, cette moitié de LVMH vaut environ 103 milliards d'euros. Le reste de l'estimation de Bloomberg, c'est la structure de contrôle, du cash, des actifs annexes. Autrement dit, plus de 80 % de la fortune, c'est une seule ligne, cotée, dont le prix change toutes les secondes.

C'est pour ça que les classements se contredisent. Forbes et Bloomberg affichaient déjà cet été dix à vingt milliards de dollars d'écart sur Arnault. Forbes l'avait d'ailleurs sorti de son top 10 dès 2017, à 41,5 milliards de dollars. Et en décembre 2022, Bloomberg en faisait brièvement l'homme le plus riche du monde. Même personne, même entreprise, trois lectures.

Un classement de fortunes, c'est un nombre d'actions multiplié par un cours de clôture. Ça mesure l'humeur du marché un soir donné. Pas ce que l'entreprise vaut, et encore moins ce que quelqu'un a en banque.

3. Pourquoi LVMH décroche

Il faut séparer deux choses que les titres de presse mélangent : les comptes, et la Bourse. Les comptes, d'abord, publiés le 27 juillet.

Chiffre d'affaires du premier semestre38,6 Md€, +2 % en organique
Croissance organique au deuxième trimestre+3 %, +4 % hors Moyen-Orient
Résultat opérationnel courant8,7 Md€, −4 %
Marge opérationnelle22,5 %
Résultat net part du groupe5,7 Md€, stable
Cash-flow libre4,1 Md€
Mode & Maroquinerie18,1 Md€, −1 % en organique
Montres & Joaillerie5,2 Md€, +9 %

Sur les comptes, rien de dramatique. Une entreprise qui dégage 5,7 milliards en six mois avec 22,5 % de marge n'est pas en difficulté. Le problème est ailleurs : la division qui fait l'essentiel du résultat, la Mode & Maroquinerie, recule. Quand Louis Vuitton et Dior ne croissent plus, le groupe non plus.

Les causes sont connues et elles s'additionnent. La demande chinoise ne redémarre pas, et un litige de marque avec une chaîne de thé locale, Molly Tea, a fait du bruit au pire moment. Le conflit au Moyen-Orient a vidé les hubs comme Dubaï, ce qui a coûté un point de croissance à la Mode & Maroquinerie au deuxième trimestre. L'incertitude sur les droits de douane américains pèse sur les prix. Et la consommation d'alcool recule sur plusieurs marchés.

Les analystes ont suivi. Le 9 septembre, HSBC est passé d'achat à conserver. Le 10, Oddo BHF a ramené son objectif de 590 à 524 euros, tout en gardant sa recommandation à surperformance au nom d'une décote de valorisation qu'il juge substantielle. Deutsche Bank résume le blocage en une phrase : pas d'amélioration séquentielle de la demande chinoise.

Ce qui a disparu chez LVMH, ce n'est pas le profit, c'est la croissance. Et le marché ne paie pas le profit d'aujourd'hui, il paie la croissance de demain. Quand elle tombe de près de 10 % à 2 % en trois ans, le prix ne baisse pas un peu. Il change de régime.

4. Le vrai sujet : le multiple

C'est ici que se joue la question d'investissement, et c'est exactement le raisonnement de la semaine dernière, retourné.

PER prévisionnel au sommet de 202433x
Plancher de 2022, Chine confinée19,2x
Mars 2026, cours à 504 €21,8x
Septembre 2026, cours à 415 €environ 18x
Bénéfice par action attendu en 202622,50 €
Bénéfice par action attendu en 202725,60 €

En mars, à 504 euros, les analystes attendaient 23,18 euros de bénéfice par action pour 2026. Aujourd'hui, ils en attendent 22,52. Une révision de −3 %. Le cours, lui, a fait −18 % sur la même période. Quand les bénéfices attendus baissent de 3 % et le cours de 18 %, la différence, c'est le multiple.

À 18 fois les bénéfices attendus, LVMH se paie moins cher qu'au pire de 2022, quand la Chine était confinée. Ça ne veut pas dire que c'est bon marché. Ça veut dire que le marché a arrêté de payer un prix de croissance. Pour que le multiple remonte, il faut que la croissance revienne, et personne n'a de date.

Dell a monté parce que son multiple a plus que doublé. LVMH a baissé parce que le sien a été divisé par près de deux depuis 2024. Même mécanique, sens inverse. Dans les deux cas, ce n'est pas l'entreprise qui a changé de nature. C'est le prix que le marché accepte de payer pour elle.

5. Ce que le top 10 américain dit vraiment

Les dix premiers ont un point commun : neuf sont fondateurs ou dirigeants historiques d'une entreprise technologique cotée, portée cette année par l'IA. Le dixième est Warren Buffett. Elon Musk, à 791 milliards, pèse à lui seul plus que Page, Bezos et Brin réunis.

Le S&P 500 fait +11 % depuis janvier, tiré par l'intelligence artificielle. Le CAC 40 fait +0,4 %. Et l'indice parisien est construit sur le luxe : LVMH, Hermès, L'Oréal et Kering figurent parmi ses poids lourds. Quand le luxe tousse, le CAC s'arrête.

Alors non, ce n'est pas « le déclin de la France ». C'est une rotation sectorielle : le marché paie l'infrastructure de l'IA, et ne paie plus le sac à main. Ça peut durer longtemps, et ça peut s'inverser vite. Au printemps 2023, LVMH cotait près de 900 euros et Arnault était premier mondial. Personne n'écrivait alors sur le déclin américain.

Il y a une leçon plus utile dans ce classement, et elle te concerne. Ces fortunes sont toutes concentrées sur une seule ligne. Quand elle monte, tu es premier. Quand elle baisse, tu perds 56 milliards en huit mois. Un investisseur français qui détient 30 % de son PEA en LVMH, Hermès et L'Oréal a le même problème, en miniature : il a fait un pari sectoriel sans le savoir. Ça s'appelle le biais domestique, et le CAC 40 le rend particulièrement coûteux cette année.

Le top 10 ne dit pas que les Américains sont plus riches. Il dit que le marché paie aujourd'hui l'IA et ne paie plus le luxe. Un classement de fortunes, c'est un classement de secteurs à la mode.

6. Le débat que cette chute relance : taxer une fortune qui bouge de 56 milliards

Je ne vais pas refaire ici le débat sur la taxe Zucman, rejetée par l'Assemblée fin octobre 2025 et qui revient dans les scénarios de financement du budget 2027, avec un impôt minimal sur les très hauts patrimoines et un retour de l'ISF évalués, selon les rapports, autour de 4,5 à 5 milliards de recettes chacun. Je veux juste que tu voies ce que l'exemple Arnault dit du mécanisme.

Un impôt sur le patrimoine se calcule sur une valeur au 1er janvier. Au 1er janvier 2026, la fortune de Bernard Arnault valait environ 179 milliards d'euros. À 2 %, le taux proposé, ça ferait jusqu'à 3,6 milliards d'impôt. Sur une fortune qui, en septembre, n'en vaut plus que 123.

Avec quoi paie-t-on ? Pas avec la fortune, qui est en actions. Avec des revenus, ou en vendant. Les dividendes de LVMH, 13 euros par action, rapportent à la famille de l'ordre de 3 milliards bruts par an, avant impôt. Il faudrait donc vendre du LVMH chaque année pour payer l'impôt sur du LVMH, c'est-à-dire céder progressivement le contrôle que la famille vient précisément de consolider à 50 %.

Que tu sois pour ou contre, c'est ça, la question technique : taxer une valeur de marché, c'est taxer un chiffre qui peut perdre un tiers en huit mois sans qu'un seul euro n'ait changé de main. L'exemple de cette année est le plus parlant qu'on ait eu depuis longtemps.

7. Comment y accéder depuis la France

C'est l'inverse de Dell, et c'est ce qui rend la question plus tentante.

Le PEA est ouvert. LVMH est une société française, éligible au PEA. Après cinq ans, les plus-values et les dividendes échappent à l'impôt sur le revenu et ne supportent que les 17,2 % de prélèvements sociaux à la sortie. Sur un compte-titres, c'est le PFU à 31,4 %. Si tu achètes du LVMH, la question de l'enveloppe est réglée d'avance.

Pas de risque de change. Le titre cote en euros. Ta performance, c'est celle du titre, ni plus ni moins.

Un dividende qui existe. 13 euros par action au titre de 2025, et un acompte de 5,50 euros déjà annoncé pour le 3 décembre, soit un peu plus de 3 % au cours actuel. Ce n'est pas une protection : un titre qui perd 36 % ne se console pas avec 3 %. Mais c'est un flux qui n'a pas baissé quand le cours l'a fait, et il paie l'attente.

Tu en as déjà. Dans un ETF CAC 40, LVMH est l'une des toutes premières lignes. Dans un ETF monde, c'est une ligne marginale. Acheter en direct, c'est surpondérer une valeur que ton indice domestique surpondère déjà. Décision active, à assumer comme telle.

Les objectifs de cours descendent. Mi-août, le consensus relevé par Boursorama comptait 27 analystes, 11 à l'achat, 7 à renforcer, 9 à conserver, aucun à la vente, et un objectif médian à 568 euros. Depuis, HSBC a dégradé, Oddo a coupé, et selon l'agrégateur que tu regardes, l'objectif moyen se situe désormais entre 497 et 568 euros. Même leçon que la semaine dernière, en sens inverse : les objectifs suivent le prix, ils ne le devancent pas.

8. Les cinq erreurs que je vois le plus

Acheter parce que ça a baissé. −36 % n'est pas une information sur l'avenir, c'est une information sur ce que le marché a déjà retiré du prix. Une action peut être moins chère et rester chère si la croissance ne revient pas.

Confondre le classement et l'entreprise. Arnault onzième ne dit rien de LVMH que le cours ne disait déjà. C'est un effet, pas une cause.

Prendre le dividende pour un filet. 3 % ne compensent ni une année à −36 %, ni une deuxième année de baisse. Le dividende paie l'attente, il ne la garantit pas.

Attendre le point bas. La famille Arnault a acheté plus d'un million de titres en début d'année, bien au-dessus du cours actuel, en trouvant ça attractif. Si le premier actionnaire ne sait pas où est le plancher, toi non plus. Étale l'entrée.

Faire du luxe un fond de portefeuille sans le savoir. LVMH, Hermès, L'Oréal, Kering dans le même PEA, plus un ETF CAC 40, c'est un pari sectoriel. Regarde ton exposition totale avant d'ajouter une ligne.

9. Foire aux questions

Arnault a-t-il vraiment perdu 56 milliards ?

Sur le papier, oui. En banque, non. Il détient les mêmes actions qu'au 1er janvier, et même un peu plus. Ce qui a changé, c'est le prix auquel le marché les valorise un soir donné. Il repassera dixième le jour où LVMH remontera, et une hausse de 1 % suffit.

LVMH à −36 %, c'est le moment d'acheter ?

À 18 fois les bénéfices, sous son plancher de 2022, le titre n'est plus cher. Mais il n'est pas cher pour une raison : la croissance a disparu et personne ne sait quand elle revient. Si tu y crois, c'est une ligne satellite, étalée, avec une thèse écrite. Si tu achètes parce que ça a baissé, tu achètes un chiffre, pas une entreprise.

Pourquoi le top 10 est-il 100 % américain ?

Parce que le marché paie l'IA cette année, et que les fondateurs de la tech américaine détiennent des blocs énormes de leurs entreprises. Le S&P 500 fait +11 %, le CAC 40 fait +0,4 %. C'est une rotation sectorielle, pas un jugement sur la France.

Ça change quelque chose pour mon PEA ?

Si tu as un ETF CAC 40, tu as déjà subi la baisse de LVMH, et tu auras la remontée éventuelle aussi. Si tu as un ETF monde, l'effet est marginal. Le classement d'Arnault ne change rien à ton allocation. Ton exposition totale au luxe, elle, mérite un coup d'œil.

Et la taxe Zucman dans tout ça ?

L'exemple montre le problème technique : un impôt calculé sur une valeur au 1er janvier qui a perdu un tiers en septembre, et qui se paie en vendant des actions. Que le principe te plaise ou non, c'est ça qu'il faut résoudre, et personne ne l'a fait.

Qu'est-ce que je regarde au prochain trimestre ?

Deux chiffres, mi-octobre. La croissance organique de la Mode & Maroquinerie, qui doit repasser durablement en positif. Et l'Asie hors Japon, pour voir si la Chine bouge enfin. Si les deux restent plats, le multiple n'a aucune raison de remonter.

En résumé

Bernard Arnault n'a pas perdu 56 milliards, il détient toujours la moitié de LVMH. Ce qui a perdu 36 %, c'est le prix que le marché accepte de payer pour cette moitié. Le classement en est la conséquence, pas la cause, et un milliard le sépare de la dixième place.

Sur les comptes, LVMH est une entreprise rentable dont la croissance s'est arrêtée. Le marché a réagi comme il le fait toujours : il a cessé de payer un prix de croissance. De 33 fois les bénéfices en 2024 à 18 fois aujourd'hui, la baisse est d'abord une compression de multiple, l'exact miroir de ce que Dell vient de vivre dans l'autre sens.

Si tu veux y aller, tu as le PEA, l'euro et un dividende de 3 % avec toi. Tu as contre toi une Chine qui ne repart pas, un Moyen-Orient fermé et des objectifs de cours qui descendent. Ligne satellite, entrée étalée, thèse écrite, et un test daté à la mi-octobre. Si tu n'as pas d'avis, ton ETF monde a déjà la bonne dose.

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Nicolas


Ces informations sont données à titre pédagogique et ne constituent ni une recommandation d'achat ou de vente, ni un conseil en investissement personnalisé. Les chiffres cités proviennent des publications de la société, de données de marché et d'articles de presse à la date de publication, et sont susceptibles d'évoluer. Investir en actions comporte un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures.