Nicolas Finance · 21 septembre 2026

La France emprunte à 4,55 %, plus cher que l'Italie : faut-il lui prêter ton épargne ?

34,5 milliards d'intérêts en six mois, un écart avec l'Allemagne inédit depuis 2012, un Livret A à 1,7 %. Ce que la dette française te coûte déjà, et ce qu'elle peut te rapporter.


Bonjour,

Cette semaine, on m'a demandé à l'antenne d'expliquer en sept minutes pourquoi la France emprunte à 4,55 % sur dix ans, son niveau le plus haut depuis 2008, et si un particulier devait s'en inquiéter ou s'en réjouir.

Ma réponse tient en une phrase. Ce 4,55 %, c'est à la fois la facture qui grimpe le plus vite dans le budget de l'État, et la première fois depuis quinze ans qu'un épargnant est correctement payé pour prêter à la France. Les deux sont vrais en même temps, et c'est exactement ce qu'il faut comprendre avant de bouger.

Prends dix minutes, tu sauras d'où vient cette hausse, qui la paie, et par quelle porte entrer si tu veux en profiter, sans te faire avoir par un rendement affiché.

L'essentiel en 5 points

La France emprunte à 4,55 % sur dix ans, au plus haut depuis 2008, et désormais plus cher que l'Italie. L'écart avec l'Allemagne dépasse 100 points de base pour la première fois depuis 2012.

La moitié de la hausse n'a rien de français : pétrole au-dessus de 100 dollars, BCE à 2,50 %, Fed qui remonte ses taux pour la première fois depuis 2023, Treasury américain au-dessus de 5 %. L'autre moitié, c'est la prime France : deux dégradations de note, un déficit sous 5 % repoussé à 2027, 54 milliards d'économies encore à voter.

La facture arrive déjà : 34,5 milliards d'intérêts au premier semestre, +18 % en un an, et 64 milliards attendus sur 2026, au niveau de la Défense et devant l'Éducation nationale. Tu la paies deux fois, dans le budget et dans ton crédit immobilier.

Prêter à un État n'est pas de l'argent facile. Un point de taux en plus, c'est environ 8 % de moins-value sur une échéance à dix ans, et une inflation à 4 % efface tout le rendement.

Depuis la France : le Livret A paie 1,7 %, l'OAT à dix ans 4,55 %. Trois portes d'entrée, le fonds euros, l'ETF obligataire et l'OAT en direct, avec un piège fréquent sur la deuxième.

1. Ce qui s'est passé, en chiffres

Six chiffres suffisent à tenir le sujet. Tout le reste est du commentaire.

IndicateurNiveauCe qu'il mesure
OAT 10 ans4,55 % le 18 septembre, au plus haut depuis 2008Le prix auquel la France emprunte aujourd'hui
Écart OAT / Bund105 points de base, au-dessus de 100 pour la première fois depuis 2012La prime de risque propre à la France
CDS France 5 ans41,5 points de base, plus haut depuis avril 2025Le coût de l'assurance contre un défaut français
Intérêts payés par l'État34,5 Md€ au premier semestre 2026, +18,3 % sur un anLa facture, déjà là, pas théorique
Dette financière de l'État2 898 Md€ fin juin 2026, +134 Md€ en six moisLa base sur laquelle les taux s'appliquent
Taux de dépôt de la BCE2,50 % depuis le 10 septembreLe socle commun à toute la zone euro

Deux repères pour situer. Le Livret A est à 1,7 % depuis le 1er août. Et le 10 ans américain est repassé au-dessus de 5 %, ce qu'on n'avait pas vu depuis 2007.

Puis la comparaison qui fait mal, celle des taux à dix ans par pays, à la clôture du 18 septembre.

Royaume-Uni5,29 %
États-Unis5,00 %
France4,57 %
Italie4,44 %
Espagne4,00 %
Allemagne3,52 %
Japon2,99 %

La France emprunte plus cher que l'Italie et que l'Espagne, un point de plus que l'Allemagne. Il y a dix ans, cette phrase aurait été une faute de frappe. Aujourd'hui, c'est un prix de marché, mis à jour toutes les secondes.

2. Ce que tu achètes vraiment quand tu prêtes à l'État

Quand tu achètes une obligation d'État, tu ne deviens pas actionnaire de la France, tu deviens son créancier. Tu prêtes 100, tu touches un coupon fixe chaque année, et on te rend 100 à l'échéance. En France, ces titres s'appellent des OAT, obligations assimilables du Trésor.

Le point que tout le monde mélange : le coupon ne bouge jamais, mais le prix du titre, lui, bouge tous les jours. Comme le remboursement est fixe, quand le prix baisse, le rendement pour celui qui achète monte mécaniquement. C'est une balançoire.

Pourquoi le dix ans, alors que l'État emprunte de trois mois à cinquante ans ? Parce que c'est la maturité la plus échangée, donc la plus fiable comme thermomètre. Et surtout parce que c'est celle qui irrigue le reste de l'économie : le taux de ton crédit immobilier, la valorisation des actions, le coût de la dette des entreprises françaises. Tout se cale, de près ou de loin, sur cette référence. C'est le prix du temps et du risque en France.

Quand tu entends « le taux français monte », traduis : « le prix de la dette française déjà émise baisse ». Mauvaise nouvelle pour celui qui détient. Bonne nouvelle pour celui qui achète aujourd'hui.

3. Deux hausses en une : la BCE, et la prime France

Il faut couper la hausse en deux, parce que les deux moitiés n'ont pas la même cause et ne se soignent pas de la même façon.

La première moitié n'a rien de français. Le Brent est repassé au-dessus de 100 dollars le 9 septembre, l'inflation de la zone euro est remontée à 3,3 %, son plus haut depuis trois ans, et les banques centrales ont redurci le ton partout. La BCE a relevé son taux de dépôt à 2,50 % le 10 septembre, sa deuxième hausse de l'année après celle de juin. La Fed a resserré le 16 septembre pour la première fois depuis 2023. Le 10 ans américain a franchi 5 %. Quand le sans-risque mondial paie 5 %, tous les autres emprunteurs de la planète s'alignent. L'Allemagne monte aussi, simplement moins haut.

La seconde moitié, elle, est bien française. C'est l'écart avec l'Allemagne, qui vient de franchir 100 points de base pour la première fois depuis 2012. Autrement dit, la France paie environ un point de plus que son voisin pour emprunter la même somme, dans la même monnaie, sur la même durée. Cet écart-là ne parle ni de pétrole ni de BCE.

DateÉvénementEffet sur la prime France
Sept. 2025Fitch abaisse la note de la France à A+Première sortie du double A
Oct. 2025S&P abaisse à son tour la note de AA- à A+Le marché réévalue le risque français
Été 2026L'objectif de déficit sous 5 % du PIB est repoussé de 2026 à 2027La trajectoire glisse encore
Sept. 2026Le gouvernement présente 54 Md€ d'économies pour le budget 2027, encore à voterLe doute porte sur l'exécution, pas sur l'intention
18 sept. 2026Écart OAT / Bund à 105 points de base, CDS à 41,5Le marché veut être mieux payé pour prêter

Le marché ne dit pas que la France va faire défaut. Il dit qu'il veut être mieux payé pour lui prêter. L'écart avec l'Allemagne ne parle ni de pétrole ni de BCE : il parle de nous.

4. Ce que ça coûte, et à quelle vitesse

La bonne nouvelle, si on peut dire, c'est que rien n'explose du jour au lendemain. La France ne rembourse pas ses 2 900 milliards chaque matin : elle en refinance une tranche. La maturité moyenne de la dette est d'un peu plus de huit ans, donc grosso modo un dixième du stock se représente au marché chaque année, et prend le taux du jour.

La mauvaise nouvelle, c'est que chaque année, on remplace de la dette émise entre 2015 et 2021 à environ 1,2 % par de la dette à plus de 4 %, et ce surcoût reste ensuite dans le budget pendant toute la durée du titre. On ne revient pas en arrière. C'est pour ça que la facture progresse vite sans qu'il se passe rien de spectaculaire.

Intérêts payés au premier semestre 202529,1 Md€
Intérêts payés au premier semestre 202634,5 Md€, +18,3 %
Charge de la dette attendue sur 202664 Md€, contre 51,6 en 2025
Ce que le budget 2026 avait prévu58 Md€
Projection de la Cour des comptes pour 2027environ 84 Md€
Projection autour de 2030100 Md€
Déficit de l'État au premier semestre 2026106,8 Md€

Soixante-quatre milliards, c'est le niveau des crédits de la Défense, et c'est devant l'Éducation nationale. La charge de la dette est en train de devenir l'un des tout premiers postes du budget de l'État, et elle le devient sans vote, sans réforme, sans débat. Par simple glissement des échéances.

Chaque année, on remplace de la dette à 1 % par de la dette à 4,5 %, et le surcoût reste dans le budget jusqu'à l'échéance du titre. On ne revient pas en arrière.

5. Ce que personne ne dit assez fort : tu le paies deux fois

Est-ce que le contribuable paie cette hausse ? Il la paie déjà, mais pas sous forme d'une ligne d'impôt appelée « intérêts ». Il la paie en arbitrage : chaque milliard d'intérêts est un milliard qui ne va ni à l'hôpital, ni à l'école, ni à une baisse d'impôts. Et quand la facture passe de 51,6 à 64 milliards en un an, ce sont 12 milliards d'arbitrages en plus, avant même de parler du plan d'économies.

Et tu le paies une deuxième fois, en tant que ménage. Le crédit immobilier se cale sur l'OAT à dix ans. Quand l'État emprunte à 4,55 %, personne en France n'emprunte moins cher que lui. La hausse des taux souverains, c'est aussi ton pouvoir d'achat immobilier qui baisse, mois après mois, sans qu'aucune loi n'ait été votée.

Personne en France n'emprunte moins cher que l'État. Quand son taux monte, le tien suit. La dette publique, c'est le plancher de ton crédit immobilier.

6. Où est le risque quand on prête à un État

Non, ce n'est pas de l'argent facile, et c'est là que je veux être très clair, parce que beaucoup d'épargnants découvrent l'obligataire par le rendement affiché sans regarder ce qu'il y a derrière.

Le risque de taux, de loin le principal. Ce 4,55 % ne t'est acquis que si tu gardes le titre jusqu'à l'échéance. Si tu revends avant et que les taux ont encore monté d'un point, tu encaisses une moins-value de l'ordre de 8 % sur une échéance à dix ans. Le coupon ne te protège pas du prix.

L'inflation. Ton coupon est fixe, il ne s'indexe sur rien. Avec une inflation à 2 %, 4,5 % nominal te laisse 2,5 % réels, c'est très correct. Avec une inflation qui repart à 4 % dans un scénario de pétrole durablement au-dessus de 100 dollars, il ne te reste rien. Tu as prêté dix ans pour zéro.

Le risque de crédit. Il est faible sur la France, personne ne parle sérieusement d'un défaut français. Mais il n'est plus nul, et le marché le facture : c'est exactement le sens des deux dégradations de note et de cet écart à 100 points de base avec l'Allemagne.

L'obligataire souverain redevient intéressant parce qu'on est payé pour attendre, ce qui n'était plus le cas depuis dix ans. Mais on est payé pour attendre. Pas pour spéculer.

7. Comment y accéder depuis la France

La thématique redevient intéressante pour une raison simple : le Livret A est à 1,7 % et la dette de l'État français à dix ans paie 4,55 %. Cet écart-là n'avait pas existé depuis plus de quinze ans. Mais le véhicule compte autant que l'idée, et c'est là que la plupart des erreurs se font.

Le fonds euros de l'assurance vie. C'est déjà massivement de l'obligataire souverain, et c'est la route que prennent la plupart des Français sans le savoir. L'avantage, c'est que ces fonds se rechargent en ce moment avec des titres à 4 %, donc leur rendement se redresse avec un ou deux ans de retard. L'inconvénient, c'est ce retard justement. Et la fiscalité de l'assurance vie après huit ans reste l'une des meilleures pour loger ce type de rendement.

L'ETF obligataire classique. Très liquide, très peu cher, mais attention au contresens : un ETF obligataire n'a pas d'échéance, il roule ses titres en permanence. Tu n'as donc aucun rendement garanti, tu es exposé à la variation des prix. C'est l'erreur la plus fréquente. Les fonds à échéance, dits datés, règlent ce problème en te rendant ton capital à une date fixe, avec des frais plus élevés.

L'OAT en direct, via un compte-titres. C'est possible, mais réservé à ceux qui savent ce qu'ils font : les tickets et les frais ne sont pas pensés pour les petits montants, et les coupons comme les plus-values passent par le PFU à 31,4 %.

Le PEA est fermé. Les obligations et les ETF obligataires n'y entrent pas. L'enveloppe, c'est l'assurance vie ou le compte-titres, pas le PEA.

8. Comment dimensionner une poche obligataire

Une obligation à 4,55 % n'est pas un placement de précaution et ce n'est pas non plus un pari. C'est une poche, et elle se calibre sur une seule variable : ton horizon.

Fais coïncider l'horizon et l'échéance. Si tu as besoin de l'argent dans trois ans, tu ne prêtes pas dix ans. Le risque de taux disparaît uniquement quand tu tiens jusqu'au bout.

Garde le Livret A pour la précaution. Il paie 1,7 %, mais il paie tous les jours et sans perte possible. L'obligataire, c'est de l'argent dont tu n'as pas besoin avant l'échéance.

Étale l'entrée. Les taux peuvent encore monter, la BCE elle-même ne s'engage sur rien. Trois ou quatre achats sur plusieurs mois valent mieux qu'un seul le jour où le 10 ans fait la une.

Regarde le rendement réel, pas le nominal. 4,55 % avec 3,3 % d'inflation, c'est 1,2 % réel avant impôt. Le chiffre qui compte, c'est celui-là.

Attends deux dates si tu hésites. Le vote du budget 2027 cet automne, qui dira si les 54 milliards d'économies passent, et la prochaine décision de la BCE fin octobre. Ces deux rendez-vous déplaceront la prime France bien plus qu'un commentaire d'analyste.

9. Les cinq erreurs que je vois le plus

Confondre coupon et rendement. Un titre émis à 1 % qui cote 75 rapporte bien plus que 1 % à celui qui l'achète aujourd'hui. Le rendement, c'est le prix payé, pas le coupon imprimé.

Acheter un ETF obligataire en croyant à un rendement garanti. Sans échéance, pas de garantie. Tu subis le prix, dans les deux sens.

Comparer 4,55 % au Livret A sans l'inflation ni la fiscalité. Le Livret A est net d'impôt et liquide. L'OAT sur compte-titres est brute, bloquée et fiscalisée à 31,4 %. L'écart réel est bien plus mince que l'écart affiché.

Prêter dix ans de l'argent dont tu as besoin dans deux. C'est la définition d'une vente forcée, au pire moment.

Confondre « la France ne fera pas défaut » et « le prix ne peut pas baisser ». Le premier est probable. Le second est faux, et tous les détenteurs d'OAT à 1 % de 2021 peuvent te le confirmer.

10. Foire aux questions

La France peut-elle faire défaut ?

Personne ne le pense sérieusement, et le CDS à 41,5 points de base le confirme : le marché assure ce risque pour presque rien. Ce qu'il facture, c'est autre chose : une prime pour prêter à un pays dont la trajectoire budgétaire glisse. Un point de plus que l'Allemagne, ce n'est pas un défaut, c'est une note de frais.

Le 4,55 %, c'est garanti ?

Uniquement si tu achètes une OAT et que tu la gardes jusqu'à l'échéance. Sur un ETF sans échéance, rien n'est garanti. Sur un fonds euros, tu récupères une partie de ces taux avec un ou deux ans de retard, mais avec la garantie du capital.

Fonds euros ou ETF obligataire ?

Fonds euros si tu veux la garantie et que tu acceptes le retard. ETF si tu comprends que tu achètes une exposition aux prix, pas un rendement. Fonds daté si tu veux une échéance sans gérer une OAT toi-même. Les trois existent, aucun n'est gratuit.

Et pour mon crédit immobilier ?

Il se cale sur l'OAT à dix ans. Tant que l'État emprunte à 4,55 %, les banques ne prêteront pas moins cher que lui. Si tu as un taux fixe signé en 2021, garde-le précieusement. Si tu cherches à acheter, le pouvoir d'achat immobilier baisse à mesure que le 10 ans monte.

Pourquoi la France paie-t-elle plus cher que l'Italie ?

Parce que le marché regarde la trajectoire, pas l'histoire. L'Italie a réduit son déficit, la France a repoussé son objectif à 2027 avec un plan d'économies pas encore voté. À dette comparable, celui qui montre l'exécution paie moins. Ce n'est pas un jugement sur le pays, c'est un prix.

Qu'est-ce que je regarde dans les prochaines semaines ?

Trois choses. L'écart avec l'Allemagne : s'il repasse sous 100, la prime France se détend. Le vote du budget 2027, qui dira si les 54 milliards passent. Et le pétrole : tant que le Brent reste au-dessus de 100 dollars, les banques centrales n'ont aucune raison de desserrer.

En résumé

La France emprunte à 4,55 % sur dix ans, plus cher que l'Italie, un point de plus que l'Allemagne. La moitié de cette hausse est mondiale, pétrole, BCE, Fed. L'autre moitié est française, et elle a un prix : deux dégradations de note, un déficit qui glisse, et un marché qui veut être mieux payé pour patienter.

La facture est déjà là. 34,5 milliards d'intérêts en six mois, 64 attendus sur l'année, au niveau de la Défense. Tu la paies dans le budget, par ce qui n'est pas financé, et dans ton crédit immobilier, parce que personne n'emprunte moins cher que l'État.

Et pourtant, pour la première fois depuis quinze ans, prêter à la France rapporte quelque chose : 4,55 % contre 1,7 % sur le Livret A. Si tu veux en profiter, fais coïncider l'échéance et ton horizon, étale l'entrée, regarde le rendement réel, et choisis le véhicule avant le rendement. Sinon, ton fonds euros est déjà en train de le faire pour toi, avec un peu de retard.

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À très vite,

Nicolas


Ces informations sont données à titre pédagogique et ne constituent ni une recommandation d'achat ou de vente, ni un conseil en investissement personnalisé. Les chiffres cités proviennent de publications officielles, de données de marché et d'articles de presse à la date de publication, et sont susceptibles d'évoluer. Une obligation revendue avant son échéance expose à un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures.