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Au troisième trimestre, les centres de données ont absorbé plus que tout le cash produit par Alphabet.

Bonjour,

Jeudi 29 octobre, l’action Alphabet a perdu 12,6 % à 283,82 $, au lendemain de ses résultats du troisième trimestre : entre 480 et 500 milliards de dollars de valeur boursière effacés en une séance, selon les sources. Vendredi, elle a encore cédé 1,4 %, à 279,84 $. Depuis, la même question revient : faut-il profiter de la baisse pour acheter Google, ou l’intelligence artificielle est-elle en train de tuer le moteur de recherche ?

Ce n’est pas la bonne question. Le chiffre d’affaires a progressé de 25 %, le résultat opérationnel de 30 %, et les requêtes sur Google progressent à leur rythme le plus élevé depuis cinq ans, selon Sundar Pichai. Ce que le marché a sanctionné, ce n’est pas un moteur de recherche en panne, c’est une machine à cash devenue un chantier : au troisième trimestre, Alphabet a dépensé plus en serveurs et en centres de données qu’il n’a encaissé. Et la rentabilité de ce chantier repose sur une hypothèse comptable que presque personne ne fait varier.

Prenez cinq minutes : ce qui a déçu jeudi, pourquoi le cash compte plus que le bénéfice, la variable cachée dans les comptes, ce que vaut l’action après la chute, et quoi regarder le mardi 17 novembre.

L’essentiel

  1. Une chute brutale sur une activité solide. Chiffre d’affaires de 127,6 milliards de dollars (+25 %), résultat opérationnel de 40,6 milliards (+30 %), mais deux déceptions : la recherche, à +12 % seulement, et le bénéfice par action.

  2. La machine à cash est devenue un chantier. 51,4 milliards de dollars investis en un trimestre, un flux de trésorerie disponible de −9,1 milliards, aucun rachat d’actions en 2026, de la dette et des actions nouvelles pour financer.

  3. La variable que personne ne modélise : la durée de vie des serveurs. Alphabet les amortit sur six ans. Sur quatre ans, les seuls achats de 2026 coûteraient environ 11 milliards de dollars de plus par an.

  4. Le prix a déjà beaucoup corrigé. À 279,84 $, l’action vaut environ 20 fois les bénéfices attendus sur douze mois, contre 23 fois en moyenne sur cinq ans et 33 fois fin avril.

  5. Depuis la France, vous en détenez sans doute déjà. Pas de PEA en direct, mais Alphabet pèse environ 3,3 % d’un ETF MSCI World. Premier test daté : les résultats de Nvidia, le mardi 17 novembre.

Ce qui s’est passé jeudi

Mercredi soir, après la clôture de Wall Street, Alphabet a publié un trimestre brillant en surface. Le cloud a plus que doublé, à 30,7 milliards de dollars, et sa marge opérationnelle est passée de 23,7 % à 36,2 %. Mais pour la première fois depuis près de quatre ans selon CNBC, le groupe a manqué à la fois les attentes de chiffre d’affaires et celles de bénéfice.

Chiffre d’affaires du trimestre

127,6 Md$ (+25 %)

Recherche et autres

63,35 Md$ (+12 %)

Google Cloud

30,71 Md$ (+103 %)

Résultat opérationnel

40,6 Md$ (+30 %)

Bénéfice par action

2,12 $ (attendu : 3,02 $)

Investissements du trimestre

51,4 Md$ (+114 %)

Flux de trésorerie disponible

−9,1 Md$

Action Alphabet A sur la semaine

279,84 $ (−12,6 %)

Ne vous arrêtez pas au bénéfice par action : il intègre une perte latente de 8,7 milliards de dollars sur des participations, liée surtout à SpaceX selon la directrice financière. C’est une écriture comptable, pas une perte d’exploitation.

Pourquoi le marché a sanctionné : le cash, pas la recherche

Il y a d’abord la recherche. Sa croissance est passée de 19 % au premier trimestre à 17 % au deuxième, puis à 12 %. Le directeur commercial avance trois causes : le dollar, une monétisation plus faible du mode IA, et des annonceurs asiatiques pénalisés par la fin de l’exemption de droits de douane sur les petits colis en Europe. C’est un ralentissement, pas un effondrement.

Le vrai choc est dans le tableau des flux de trésorerie. Comparez les neuf premiers mois de 2025 et de 2026.

Neuf premiers mois

2025

2026

Investissements

63,6 Md$

132,0 Md$

Flux de trésorerie disponible

48,7 Md$

−4,8 Md$

Rachats d’actions

39,8 Md$

0

Dette à long terme (31 déc. 2025, puis 30 sept. 2026)

46,5 Md$

125,1 Md$

En un an, Alphabet est passé d’une entreprise qui rendait son cash aux actionnaires à une entreprise qui lève des capitaux : 85,2 milliards de dollars de dette et 42,9 milliards d’actions nouvelles depuis janvier, sans une seule action rachetée. La directrice financière, Anat Ashkenazi, a maintenu 195 à 205 milliards d’investissements pour 2026, et annonce une hausse « significative » en 2027. Certains analystes évoquent 300 milliards.

Plus de 50 milliards de dollars par trimestre : Alphabet construit plus vite qu’il n’encaisse.

Une entreprise qui dépense plus qu’elle n’encaisse n’est pas en danger pour autant. Mais on ne la paie plus comme une rente : on la paie au prix de ce que son chantier rapportera.

La variable que personne ne modélise : la durée de vie des serveurs

Quand Alphabet achète un serveur, la dépense n’entre pas d’un coup dans son compte de résultat. Elle est étalée sur la durée de vie estimée de la machine : c’est l’amortissement. Plus cette durée est longue, plus la charge annuelle est faible, et plus le bénéfice affiché est élevé. Mercredi, Anat Ashkenazi l’a rappelé : serveurs et équipements réseau ont « en général une durée de vie de six ans ».

Six ans, c’est long pour des puces d’IA. Nvidia sort désormais une nouvelle génération chaque année, et Amazon a raccourci début 2025 la durée de vie d’une partie de ses serveurs, de six à cinq ans, en invoquant le rythme accéléré du progrès technique dans l’intelligence artificielle. Coût chez lui : 1,4 milliard de dollars d’amortissement en plus sur l’année.

Faisons le calcul pour Alphabet. Environ 65 % des investissements du troisième trimestre sont allés aux serveurs et au réseau. Appliqué au milieu de la fourchette 2026, cela fait de l’ordre de 130 milliards de dollars de machines achetées cette année.

Durée d’amortissement

Charge par an

Écart avec six ans

6 ans (hypothèse d’Alphabet)

≈ 21,7 Md$

Référence

5 ans

26,0 Md$

≈ +4,3 Md$

4 ans

32,5 Md$

≈ +10,8 Md$

Près de 11 milliards de dollars par an d’écart pour une seule année d’achats, c’est plus d’un quart du résultat opérationnel d’un trimestre. Et la facture s’empile : les achats de 2027 seront plus gros encore. Au troisième trimestre, l’amortissement a déjà bondi de 49 %, à 8,4 milliards de dollars. Les objectifs de cours que j’ai lus ne font pas varier cette hypothèse. C’est pourtant elle qui dira si les bénéfices de 2027 et 2028 sont solides ou flattés.

Une carte électronique vieillit plus vite que le bâtiment qui l’abrite : tout l’enjeu de l’amortissement.

Le bénéfice d’Alphabet dépend désormais autant de la vitesse à laquelle ses puces vieillissent que du nombre de clics publicitaires.

L’entreprise et son multiple

Séparons l’entreprise du prix. L’entreprise, c’est une recherche qui grossit encore, un cloud dont le carnet de commandes atteint 561 milliards de dollars, et une application Gemini qui revendique un milliard d’utilisateurs.

Cours au 30 octobre

279,84 $

Capitalisation

≈ 3 400 Md$

Depuis le 1er janvier

−10,6 % (≈ −6 % en euros)

Depuis le plus haut du 13 mai (402,62 $)

−30,5 %

Bénéfice par action attendu en 2027

≈ 15,2 $

PER sur les douze prochains mois

≈ 19 à 21

Dividende trimestriel

0,22 $, soit ≈ 0,3 % par an

Le prix, lui, a déjà beaucoup bougé. Fin avril, le marché payait Alphabet 33 fois ses bénéfices attendus ; aujourd’hui, autour de 19 à 21 fois selon les sources, sous sa moyenne de cinq ans (23 fois). Méfiez-vous du PER d’environ 14 affiché sur certains sites : il est gonflé par des gains de réévaluation de participations, dont 77,1 milliards de dollars au deuxième trimestre. Le consensus de bénéfice 2027 est même passé de 14,82 à 15,19 $ en trois mois. Les bénéfices attendus n’ont presque pas bougé, le cours a perdu 30 % : la différence, c’est le multiple. Et selon Morgan Stanley, il peut rester bas : une part croissante des revenus vient de ventes de puces TPU, du matériel que le marché paie moins cher que du logiciel.

Ce que disent les analystes

Wall Street reste très majoritairement acheteuse, mais elle baisse ses objectifs. Selon MarketBeat, sur 47 analystes, 41 sont à l’achat, 5 à conserver et 1 à la vente, pour un objectif moyen de 412 $ qui inclut encore des notes d’avant les résultats. Jeudi, JPMorgan a ramené son objectif de 425 à 375 $ et Morgan Stanley de 400 à 375 $. À l’autre bout, Pivotal Research maintient 475 $, soit 33 fois les bénéfices, en misant tout sur le cloud.

Les optimistes regardent le carnet de commandes du cloud, les prudents le cash et le nombre d’actions qui augmente. Aucun ne connaît encore le budget d’investissement 2027.

Mardi 17 novembre : le prochain test

Le prochain rendez-vous est chez Nvidia, à la fois fournisseur et concurrent de Google dans les puces d’IA : résultats le mardi 17 novembre après la clôture de Wall Street, donc mercredi matin à Paris. Ce sera le thermomètre de la demande en puces. Alphabet publiera ensuite ses résultats annuels début février, à une date pas encore annoncée, avec le chiffre promis : son budget d’investissement 2027. Lisez-le en premier, rapporté au cash produit par l’activité (42,3 milliards de dollars au troisième trimestre).

Les risques à garder en tête

  • La recherche qui s’érode. Si le mode IA gagne des requêtes sans rapporter autant, les 12 % peuvent encore baisser. La directrice financière prévient que le quatrième trimestre se comparera à une fin 2025 très forte.

  • Un chantier sans fin. Avec 300 milliards d’investissements en 2027, le cash resterait négatif plus longtemps, avec davantage de dette et d’actions nouvelles.

  • Un gros client dans le carnet. Selon Scotiabank, Anthropic pèserait environ 22 % du carnet du cloud. La start-up a déposé lundi son dossier d’introduction en Bourse : sa santé financière devient aussi un sujet pour Alphabet.

  • Le dollar. Il a pris environ 5 % face à l’euro depuis janvier et a amorti votre baisse. S’il se retourne, il amplifiera vos pertes.

Depuis la France, concrètement

  • Pas de PEA en direct. Alphabet est une société américaine : elle se détient sur un compte-titres, avec le PFU de 31,4 % sur les plus-values et les dividendes. Le dividende, d’environ 0,3 % par an, subit en plus une retenue à la source américaine de 15 % (formulaire W-8BEN), qui ouvre droit à un crédit d’impôt en France.

  • Vous en avez sans doute déjà. Alphabet pèse environ 3,3 % de l’ETF iShares Core MSCI World, actions A et C cumulées. Un ETF MSCI World ou Nasdaq-100 à réplication synthétique se loge, lui, dans un PEA.

  • Le change a joué pour vous cette année. En dollars, l’action perd 10,6 % depuis le 1er janvier ; en euros, environ 6 %, car l’euro est passé de 1,175 à 1,118 dollar.

Si vous voulez une ligne en direct : écrivez votre thèse en une phrase, choisissez un montant que vous pouvez voir baisser d’un tiers sans paniquer (l’action l’a fait depuis mai), étalez votre entrée (après le 17 novembre, puis après les résultats de février) et ne dépassez pas 5 % du portefeuille sur une seule valeur, ETF compris.

Vos questions

Les assistants d’IA vont-ils tuer le moteur de recherche ?

Les chiffres ne le montrent pas encore : les requêtes progressent à leur rythme le plus élevé depuis cinq ans et la recherche croît de 12 %. Le risque est plus subtil : une question posée en mode IA rapporte pour l’instant moins qu’une recherche classique.

Un flux de trésorerie négatif, c’est grave ?

Pas en soi : Alphabet dispose de 265 milliards de dollars de trésorerie et de placements. Mais tant que le chantier dure, le cash ne revient plus aux actionnaires, et la valeur dépend du rendement futur des investissements.

Faut-il acheter maintenant ?

Je ne donne pas de conseil personnalisé. L’action a perdu 30 % depuis son plus haut et se paie sous sa moyenne historique ; ce qui manque, c’est la preuve que 200 milliards de dollars par an rapporteront plus que leur coût. Si vous voulez une ligne, étalez vos achats ; sinon, votre ETF monde vous en donne déjà.

En résumé

Alphabet a perdu 12,6 % en une séance sur des résultats qui restent solides côté activité : chiffre d’affaires en hausse de 25 %, cloud doublé, requêtes en hausse. Ce que le marché a sanctionné, c’est le passage d’une machine à cash à un chantier, avec une facture d’amortissement qui ne fait que commencer.

À 279,84 $, l’action ne se paie plus comme une rente, et c’est plutôt sain. Vous n’achetez pas un moteur de recherche à 20 fois ses bénéfices, vous achetez un pari sur le rendement de 200 milliards de dollars de serveurs par an, et sur leur durée de vie. Si ce pari ne vous parle pas, votre ETF monde vous en donne déjà environ 3 %.

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À très vite,

Nicolas

Ces informations sont données à titre pédagogique et ne constituent ni une recommandation d’achat ou de vente, ni un conseil en investissement personnalisé. Les chiffres cités proviennent des publications d’Alphabet (communiqué et conférence du 28 octobre 2026), du rapport annuel d’Amazon, de données de marché (Yahoo Finance, MarketBeat, MarketScreener, BlackRock) et d’articles de presse et d’analyse (CNBC via Stock Titan, AFP, Boursorama, The Motley Fool, Zacks, Finimize) au 31 octobre 2026, et sont susceptibles d’évoluer. Investir en actions comporte un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Alphabet est cotée en dollars : un investisseur en euros supporte un risque de change.